DécouVerte autour du cœur historique de Wazemmes

Une cinquantaine de personnes ont répondu ce samedi 10 juin 2017, à la veille du premier tour des législatives à l’invitation d’EELV Lille pour aller à la DécouVerte de Wazemmes et se regroupent autour de Dominique Plancke à la sortie du métro Gambetta, sur le Square Denis Cacheux.

C’est l’emplacement de l’ancienne église de Wazemmes construite en 1824, pour remplacer celle démolie à la Révolution. Après la construction de St Pierre St Paul 30 ans plus tard elle est désaffectée et devient l’école Marie Pape Carpantier, accueille un temps des salles de réunion et un temple protestant, avant sa démolition en 1972, avant la construction de la station de métro. Un marché était installé devant l’église, d’où la rue du Marché a tiré son nom.

Wazemmes ce n’est pas que les Halles et le marché !

Pour la plupart des lillois aujourd’hui Wazemmes se résume à la rue Gambetta, aux Halles et à la Place de la Nouvelle Aventure avec son marché. Mais le centre de Wazemmes n’a pas toujours été là. Jusqu’au 19 ème siècle, il s’organisait autour de l’actuelle Place Philippe de Girard. Notre DécouVerte d’aujourd’hui mènera nos pas dans cette partie du quartier entre rue Gambetta et rue Nationale, de part et d’autre de la rue des Stations qui jusqu’à la fin du 20 ème siècle accueillait encore de nombreux bâtiments industriels, aujourd’hui tous remplacées par des résidences.

Nous sommes accompagnés par Mme Quenelle, du Club des Ambassadeurs de Wazemmes qui organise régulièrement des visites du quartier et des expositions (tous les 3èmes dimanches du moi dans les Halles de Wazemmes) et par Monsieur Jean Caniot, historien, qui a notamment publié deux ouvrage sur les canaux de Lille, dont celui des Stations dont nous allons beaucoup parler aujourd’hui.

Nous nous engageons dans la rue de Flandre où un supermarché a pris la place du cercle St Louis et de son cinéma (Wazemmes a compté jusqu’à 7 salles de cinéma) et d’une cité qui allait jusqu’à la rue Gambetta pour aller rue Mourmant (qui porte le nom du dernier Maire de Wazemmes avant l’absorption par Lille, en 1858). Il y reste la façade d’un des deux cinémas de la rue, le Splendid et le Vogue.
La DécouVerte d’aujourd’hui ne s’intéressera pas à la rue Gambetta, ancienne rue du Faubourg Notre Dame, sur laquelle il y aura trop à dire, nous y reviendrons une prochaine fois. Presqu’en face s’ouvre la rue Meurein, avec les anciens bureaux du CNFPT, qui sont toujours à vendre depuis son déménagement il y a trois ans rue de Bavay, près de la Porte de Valenciennes. En face, l’impasse Couvain, qui ressemble à une cité classique, mais qui donne sur les pavillons Degoul, havre de paix inattendu à quelques dizaines de mètres de la très passante rue Gambetta.

 

A gauche en biais, la Rue Sainte Barbe, du nom d’un Cabaret, est la trace d’un ancien chemin de Wazemmes, élargi en 1858, avec là aussi une étonnante maisonnette rescapée.

Le Canal des Stations

La rue des Stations, ancienne rue des stations Notre Dame, a été créée en 1863 par la réunion de plusieurs voies anciennes, qui longeaient le canal des stations creusé de 1565 à 1567, à partir d’une dérivation du Fourchon ou Arbonnoise, rivière qui était un des bras de la Deûle, afin d’accroître le volume des eaux dans les fortifications. Les Stations sont les étapes des pèlerinages, nous sommes ici sur l’itinéraire des pèlerinages de Lille, depuis le couvent des Jésuites (l’actuelle Préfecture rue Jean Sans Peur), vers les chapelles N. D. de Réconciliation à Esquermes et N.D. de Grâce à Loos. Sept reposoirs permettaient ainsi aux pèlerins de prier et de se reposer. Le 2 novembre 1949, des plaques carrées, conçues par les moines de l’Abbaye de Wisques, et fabriquées par un mosaïstes Lillois, rappelant ce pèlerinage furent apposées sur les façades des maisons aux endroits approximatifs des 7 arrêts des pèlerins (photo). Le Canal de 1800mètres de long a été couvert en 1883. Les eaux pures qui en faisait du chemin qui le longeait une promenade appréciée au début du 19ème avaient été polluées par les nombreuses industries qui s’étaient installées de part et d’autre du Canal.

Aujourd’hui la rue est bordée d’immeubles d’habitation, en majorité de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Du côté impair il reste quelques maison plus anciennes comme la petite maison qui fait l’angle avec la rue Charles Quint . Et depuis les années 1960, les grandes emprises industrielles ont été remplacées par de grandes résidences.

C’est le cas face à nous, entre les rues Meurein et Catel-Béghin : une fabrique de courroies qui était devenue ensuite une immense concession automobile Talbot puis SIMCA et aujourd’hui c’est une résidence à l’architecture banale, qui va jusqu’à la rue Nationale.

La rue Catel-Béghin (qui fut maire de Lille) est une ancienne rue de Wazemmes de 2,5 mètres de large connue en 1790, et qui s’est appelée rue de la petite allée en 1860. Face à la résidence se dressent de très belles maisons, souvent inspirées de l’art nouveau.

Sur la gauche, une petite maison suivante évoque un style néo-médiéval qui rappelle les maisons de ville du XVème siècle. Ce pastiche étonnant, est l’oeuvre de l’architecte Vilain qui y avait d’ailleurs installé son cabinet. La fenêtre du premier est plutôt de style renaissance, mais le tout est harmonieux.
La maison voisine est presqu’un hôtel particulier très impressionnant. La façade elle même est rythmée mais relativement sobre.

En revanche les éléments de décor sont extrêmement soignés avec les sgraffites au dessus de la porte (cheminée d’un côté, compas de l’autre) et au dessus des fenêtres du 1er étage un décor fleuri typiquement Art Nouveau. A noter aussi les vitraux et la sonnette en grès émaillé malheureusement défiguré par un bouton très contemporain. Des éléments qui rappellent ce que l’architecte belge Horta a réalisé à Bruxelles à la même époque.
Rue Nationale, la façade de l’école privée Thérèse d’Avila de l’autre côté de la rue (côté Vauban-Esquermes) rappelle l’importance des emprises foncières des écoles privées dans le quartier depuis le 19 ème siècle.
Rue du Port, Annick Lestienne, qui participe à la DécouVerte et qui habite la rue, nous présente l’initiative « Wazemmes Propre » lancée par une quinzaine d’habitants lassés de la saleté du quartier : crottes de chiens, dépôts de toutes sorts, restes de beuveries estudiantines…

Le cœur historique de Wazemmes

Nous arrivons sur la place Philippe de Girard créée en 1862. Elle ne paie pas de mine aujourd’hui avec son square un peu décaissé au centre . Mais cette Place et ses abords sont le vrai coeur historique de Wazemmes, un lieu chargé d’histoire, puisque depuis le XIe siècle il faisait partie de « l’enclave du Tournaisis » domaine de l’évêque de Tournai, qui était Seigneur de Wazemmes et qui y possédait un château entouré de jardins et de bois d’une ferme et d’un hôpital.
Ce fut ensuite l’emplacement de la Mairie de la commune de Wazemmes. Jusqu’à la révolution, on y trouvait l’église de Wazemmes et son cimetière qui débordait de l’autre côté de l’actuelle rue Nationale. On y trouvait aussi la Gendarmerie et on y trouve encore la Police Nationale. Ce n’est qu’après la révolution que le centre de la Commune de Wazemmes se déplaça vers l’actuelle place de la Nouvelle Aventure.
En 1865 le marché aux chevaux de Lille quitte son emplacement (là où il y a maintenant le Café Citoyen) pour s’installer sur la Place. Il accueille aussi un marché aux aux vaches laitières et aux fourrages. Le square Birwood, porte le nom du maréchal qui commandait les troupes anglaises qui libérèrent Lille le 17 octobre 1918.
A la fin du 19 ème siècle, la mairie de Wazemmes avait été remplacée par un gymnase (le Gymnase Central) qui donnait sur la rue du Port et sur la Place de Girard, là où a été construite une barre de logements dans les années 60.
Par la rue de la Gendarmerie ouverte en 1864 le long de l’Hôtel de gendarmerie de Wazemmes sous le nom de contour de l’écluse (du canal des stations), nous revenons rue des Stations.
Devant nous un beau bâtiment auquel il manque la toiture. C’est l’ancien couvent des Carmes Déchaux (c’est à dire déchaussés, c’est un ordre mendiant), qui s’étaient installés là en 1928 dans une ancienne école tenue par les Soeurs de la Ste Union qui en avaient été expulsées en 1902 .En 2013, les derniers frères quittent la rue des Stations pour la rue Royale. Le promoteur de Marcq-en-Barœul Sofim veut combiner réhabilitation et construction pour créer 50 logements entre la rue des Stations et la rue Jules-Lefebvre. Les 33 premiers, rassemblés dans un futur immeuble, contesté par certains riverains, sont en cours de commercialisation. L’opération comptera aussi des logements sociaux, quinze appartements loués par LMH.

Les industries disparues

Cette partie de la rue des Stations était presqu’entièrement bordée de bâtiments industriels jusqu’à la fin des années 1960. Il n’y a plus d’ouvriers dans les rues aujourd’hui dans ce qui est devenu un quartier résidentiel, avec seulement quelques bureaux. Les commerces sont rue Gambetta et rue Nationale.
A l’angle de la rue des Frères Vaillant on trouvait le tissage de toile Spriet-Bouchez
La grande résidence en retrait de la rue avec une petite supérette au rez de chaussée c’était la filature Faucheur Frères, lin au mouillé.
A l’angle de la rue Henri Loyer, c’était l’entreprise Crépel et Faucheur, confection. De la rue Loyer au boulevard Montebello et jusqu’à la place Cormontaigne s’étendaient les immenses locaux de la filature de coton Delebart-Mallet. Seuls les bureaux sont restés et abritent le C.A.U.E. et le Goethe-Institut.
En face, c’était la Filature de coton Henri Loyer entre les rue Deschodt et Corbet.
Au n° 143-145 c’étaient les épiceries en gros Waymel, derrière le n° 145 se trouvait une cour avec 4 maisons, rachetées par l’épicerie pour s’agrandir. De nos jours, après une très belle rénovation, ce lieu abrite la CFDT et plusieurs associations.

Les frontières

La rue Colbert marque la limite entre la circonscription législative 59-01 où Anne Mikolazjak représentait EELV et la circonscription 59-11 où Lise Daleux représentait EELV
La rue Henri Loyer et la rue Deschodt marquent quant à elles l’ancienne limite entre les deux communes de Wazemmes et Esquermes

En longeant la résidence Gambetta-Leclerc, qui a été la première à s’élever sur l’emprise d’une ancienne usine à la fin des années 50, nous prenons la rue Deschodt. Au numéro 5, malgré l’absence du concierge, notre groupe parvient à entrer dans la résidence La Savonnerie.

 

 

La savonnerie Steverlynck fondée en 1848, était sans doute le plus ancien établissement industriel encore en activité à Wazemmes en 2004, avant d’être délocalisée à Gondecourt en 2005. Après démolition des bâtiments, une résidence a été construite en 2009, « la Savonnerie » de 83 logements, répartis en 3 unités, l’une face à la rue Deschodt, une côté rue de Brigode, l’autre au centre avec des cours intérieures, jardins et parkings. La cheminée et une partie des murs de l’usine ont été conservées donnant un cachet étonnant à cette résidence, très agréable de l’avis de ses habitants.

Nous revenons par la rue Desmedt qui offre elle aussi de très belles maisons.

D’un côté de la petite rue Chateaubriand ouverte en 1844 s’élèvent de petites maisons ouvières (photo), et en face, une palissade protège un gros chantier de construction, le long de la rue de la Tranquillité.

 

 

Des centaines de nouveaux habitants attendus : la fin de la Tranquillité ?

Le lycée privé Louise-de-Marillac, institution de la rue Gambetta, a été vendu fin 2013 au promoteur Nacarat, qui y achève la construction des 82 logements d’un projet baptisé Covent Garden (!). Comme cela a déjà été fait Porte de Valenciennes et qui semble devenir une tendance ou une mode, nous pouvons voir 10 logements de la maison sur le toit. Cubes blancs posés sur le toit de l’immeuble, ces logements sont sans mitoyenneté et disposent d’une terrasse privative. L’opération compte 30% de logements sociaux, dont une partie est adaptée au vieillissement et au maintien à domicile des séniors (avec une labellisation Vivalib).

A ce projet est venu s’ajouter un autre, suite au déménagement de l’entreprise DEMCO spécialisée dans les aménagements de véhicules de type caravane, ambulance, etc. qui partie à Hallennes les Haubourdin en 2015. Le même promoteur, Nacarat, prévoit sur cette deuxième opération la construction d’une centaine de logements. On espère que la petite rue de la Tranquillité, qui est aujourd’hui fermée à cause du chantier sera bien rouverte aux piétons.

La question de la circulation et du stationnement de ces nouveaux habitants inquiète les actuels habitants du quartier, malgré la proximité des stations de métro Gambetta et Cormontaigne.

Certains s’inquiètent aussi de l’absence d’espaces publics et d’espaces verts dans cette partie du quartier.

La maison du Docteur rue d’Antin

Nouvelle halte devant le 32-32 bis rue d’Antin. La construction de cet immeuble dont la hauteur dénote dans la rangée débute en 1909 sur les plans de l’architecte Léonce Hainez (qui est aussi l’architecte du Sébasto et de l’Institut Pasteur) et s’achève en 1922 sous la direction d’Albert Giovannoni. La maison, commande d’un médecin, est entièrement terminée en 1931. La façade présente un décor éclectique assez classique, avec une frise en céramique. C’est surtout le rez de chaussée qui a justifié l’inscription de cette maison comme Monument Historique, à la demande de son propriétaire, avec son vestibule Art Nouveau, la salle d’attente néo-classique pour les activités médicales, un cabinet de chirurgie carrelé et un bureau de style Art Nouveau dont le plafond est une reprise de celui de l’ancien cabinet particulier du préfet du Nord à la préfecture de Lille. Côté jardin, toutes les pièces d’habitation sont magnifiques, avec un mélange de styles harmonieux, et un jardin d’hiver art nouveau.

Par la rue des stations nous repassons rue Colbert devant le grand bâtiment qui abrite les 1000 étudiants des classes prépa de HEI (après avoir abrité une salle de sports et même une piscine) pour rejoindre la rue Jules Lefebvre ancien professeur du lycée Faidherbe. C’est l’ancienne allée St Hubert de Wazemmes. Nous jetons un coup d’oeil sur l’arrière du Couvent des Carmes, dont les travaux ont repris récemment avec le démontage de la toiture et surtout la disparition du clocher qui avait été préservé jusqu’ici. Cela laisse mal augurer de la préservation du bâtiment
Par la rue Charles Quint (ancien chemin de l’évêque), nous rejoignons la rue du marché pour revenir à notre point de départ.
La visite s’achève à 16 h 30 au Métro Gambetta.
Prochaine DécouVerte le samedi 12 août, consacrée à Euralille.

Crédits photos : Julien Dubois, Marc Santré, Stéphanie Bocquet et Dominique Plancke

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